Casse-Noisette: le secret du succès

Quel est le secret phénoménal de Casse-Noisette ? Qu'est-ce qu'il a rendu célèbre? L'histoire originale d'Hoffmann, la musique de Tchaïkovski, le ballet ou encore de nombreuses interprétations des cinéastes ? Nous avons mené notre enquête sur ce sujet.


Casse-Noisette, dessin sur sable - Katerina Barsukova
Casse-Noisette, dessin sur sable - Katerina Barsukova


L'histoire d'écriture du chef d'oeuvre


P.I. Tchaïkovski, Portrait, Dessin sur sable - Daria Kotyukh
P.I. Tchaïkovski, Dessin sur sable - Daria Kotyukh

En 1890, Piotr Ilytch Tchaïkovski reçoit une commande de la part de la direction des Théâtres Impériaux de Russie pour la composition d’un opéra, en première partie, puis d’un ballet en seconde partie d’une soirée de gala. Piotr Ilitch écrit alors l'opéra « Yolanta » et pour le ballet, il choisit le conte « Casse-Noisette et le Roi des souris » d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, écrit en 1816. En 1844, Alexandre Dumas a adapté le conte en français, le libérant ainsi de nombreux détails. C’est cette version qui a été suggérée à Tchaïkovski par le directeur des Théâtres Impériaux de la Russie. Le livret a ensuite été écrit par Marius Petipa et Ivan Vsevolojsk d’après le récit de Dumas.






Livret du ballet

Pendant la fête de Noël, la petite Clara reçoit en cadeau de son parrain un casse-noisette en bois, un pantin étrange et peu sympathique, mais qu’elle aime bien. Le jouet est cassé par son frère, et la petite fille est très chagrinée. La nuit, comme par magie, apparaît une armée de souris contre laquelle les jouets se mobilisent avec Casse-Noisette à leur tête. La bataille est virulente et Casse-Noisette est en danger, jusqu’à ce que Clara intervienne et le sauve. Alors, le mauvais sort jeté sur Casse-Noisette dans son enfance est rompu. Il se transforme en prince charmant devenant d’emblée le fiancé de la petite fille. Il invite Clara au Royaume des friandises. Le deuxième acte du ballet est dédié à ce voyage extraordinaire, constitué d’une série de rencontres et de danses de tous les pays.


Casse-Noisette - Katerina Barsukova, dessin sur sable
Casse-Noisette, dessin sur sable - Katerina Barsukova


« Casse-Noisette » : un mauvais sort ou un échec ?


Le travail s’avéra très difficile pour Tchaïkovski car il n’aimait pas le livret. Pour lui, le divertissement du deuxième acte n’avait aucun sens. Il faut dire aussi que pendant l’écriture du ballet, Alexandra, sa sœur bien-aimée trouva la mort suite à l’abus de la morphine dont elle était devenue dépendante.

Certains spécialistes associent ce traumatisme à la musique dramatique de « Casse-Noisette », qui correspond à l’ambiance peu joyeuse du conte (cf « Valse des flocons de neige » ou "Adagio" du final).


D’autres disent que le monde de Casse-Noisette évoque la consommation de morphine qui fait « voyager » dans un monde imaginaire. Dans ce monde (selon le critique de ballet Pavel Yaschenkov), Tchaïkovski rencontre sa sœur (la Fée Dragée), sa nièce (petite Marie) et son neveu adoré Bob (le Prince Orgeat). La morphine a emporté les vies de sa nièce, sa sœur, et plus tard, après la mort de Tchaïkovski, de son neveu. Le contexte de l’écriture s’avère donc plutôt triste.


Marius Petipa vit également une tragédie pendant la création de « Casse-Noisette » : il est en profonde dépression après la mort de sa fille. Il confie alors le travail sur le livret à son assistant, Lev Ivanov.

Avec les tragédies vécues par les deux auteurs, ces derniers ne furent pas satisfaits de leur œuvre. La première eut lieu le 18 décembre 1892 au Théâtre Mariinsky et confirma l’échec de « Casse-Noisette ». L'oeuvre n'a pas été ni prise au sérieux, ni représentée correctement. Il y a même des témoignages que pendant la deuxième acte, on a distribué des confiseries dans la salle. La photo ci-dessous est assez parlante.


Ballet "Casse-Noisette" sur deux continents

L’histoire de l’œuvre se divise en deux parties : une partie russe et une partie occidentale.


Après plusieurs tentatives de retravailler la chorégraphie (par Alexandre Gorsky, Fiodor Lopoukhov) en 1934, le Théâtre Mariinsky présente une nouvelle version du ballet avec la chorégraphie de Vassily Vaynonen dans lequel il a remplacé les enfants par les danseurs adultes dans les rôles principaux. Dans la version russe, la petite Clara a reçu le nom de Marie (Macha), comme dans la version d'Alexandre Dumas. Après la Première Guerre mondiale, le prénom Macha paraissait en effet plus approprié que le prénom allemand. Une autre conséquence de cette guerre est que le spectacle devient festif ; la gentillesse et le courage l’emportent. Casse-Noisette et la petite fille deviendront prince et princesse d’un royaume paisible, joyeux et juste. En 1954, la scénographie somptueuse de Simon Virsaladze a ajouté un aspect spectaculaire au ballet.



Quelques années plus tard, en 1954, « Casse-Noisette » reçoit un nouvel élan : George Balanchine rend hommage à Marius Petipa et met en scène à New-York un ballet grandiose, complété par la scénographie innovante d'Horas Armistead et les costumes de Barbara Karinska qui font du spectacle une féérie. Depuis, il n’y a pas une seule saison au New York City Ballet (fondé par G. Balanchine) sans « Casse-Noisette ». En 1957, une partie du ballet fut diffusée à la télévision en lui assurant une popularisation inédite. C’est à ce moment-là que « Casse-Noisette » devient un rituel familial aux États-Unis et sa gloire commence à se propager dans le monde occidental.




Revenons en Russie où un vrai tournant dans l’histoire de « Casse-Noisette » est pris avec la version de Youri Grigorovich, mise en scène en 1966 au Bolchoï. Elle est toujours représentée avec beaucoup de succès à Moscou et partout dans le monde. Youri Grigorovich ajoute de la dramaturgie au livret en le libérant de la sentimentalité. Le décor de Noël sert une représentation du monde intérieur de Masha, qui grandit rapidement et dit au revoir à son enfance.


La musique bien que décalée du livret de Tchaïkovski a su inspiré de nombreux chorégraphes. Depuis les années 60, chaque grande compagnie de ballet essaye de produire son propre « Casse-Noisette », en l’adaptant, en le réactualisant, et même en le révolutionnant.

Notons les chorégraphies de :

- John Neumeier au Bayerische Staatsoper (1971) où l'action se déroule dans une école de danse ;

- Rudolf Noureev à l’Opéra de Paris (1985), contenant un aspect de rêve et les fantasmes d’une jeune fille devenant adolescente ;

- Mark Morris pour le Mark Morris Dance Group (1991), telle une parodie des codes du ballet classique ;

- Mikhaïl Chemiakin au Théâtre Mariinsky (2001), la version peut-être la plus morbide et effrayante, malgré la splendeur du décor et des costumes.


"Casse-Noisette" sur les écrans

Le destin de « Casse-Noisette » dans le domaine de l’animation et du cinéma est assez complexe. Le succès n’est pas toujours au rendez-vous.


Le 13 novembre 1940, le public du Broadway Theatre de New York découvre un dessin animé inédit : « Fantasia » de Walt Disney, une œuvre accompagnée d’extraits des plus grandes œuvres du répertoire classique. La deuxième partie de l'oeuvre est basée sur les extraits du ballet. Le conférencier précise qu'il s'agit d'une libre interprétation de la magnifique musique de Tchaïkovski. Retenons ce point important qui nous permettra d'avancer dans l'enquète du succès de Casse-Noisette.

Produite et diffusée aux États-Unis pendant l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de l’humanité, « Fantasia » ne reçut pas de succès qu'elle mérite. L'oeuvre représente un bijoux de l'animation et réconcilie avec aisance jeune public et musique classique.


En 1991, le film basé sur le ballet de George Balanchine « The Nutcracker » fut le premier succès. Les critiques furent divisées surtout à cause de Macaulay Culkin dans le rôle-titre. Ce dernier est notamment connu pour son rôle dans le film "Home Alone".



Parmi les films d’animation, c’est le dessin animé russe de Boris Stepantsev « Casse-Noisette » (1973) qui remporte le premier prix. Le sujet est de nouveau modifié et ressemble plus à l’histoire de Cendrillon. Mais ce qui distingue vraiment cette version est l’absence de texte : la musique de Tchaïkovski tiré de « Casse-Noisette », « La Belle au bois dormant » et « Le Lac des Cygnes » remplace la narration à la perfection. Cette version a beaucoup marqué toute une génération d’enfants nés en URSS, y compris les danseurs de ballets.




Le film d’animation « Nutckraker Fantasy » de Takeo Nakamura (1979) utilisant la technique de stop motion a, lui, reçu de nombreuses récompenses, mais il est très peu basé sur le livret du ballet et se rapproche plus de l’histoire d'Hoffmann. Le thème du sacrifice de la jeune fille pour son bien aimé ressort ici en premier plan.



« Le Prince Casse-Noisette », long-métrage canadien de Paul Schilbi et le long-métrage russe « Casse-Noisette et le Roi des souris » de Tatiana Ilyina (2004) ont tous les deux leurs publics car ils reproduisent l’ambiance de Noël.

Dans le "Prince Casse-Noisette", la jeune fille se retrouve devant le choix : rester dans le royaume fantastique et séduisant ou revenir à la maison vers sa famille. Cet angle est si peu exploré dans les ballets par exemple.

La musique sert dans toutes ces oeuvres un accessoire pour les lignes narratives.




Les dernières tentatives cinématographiques – « The Nutcracker in 3D », film britanno-hongrois réalisé par Andreï Konchalovsky (2010) et « Casse-Noisette et les quatre royaumes » de Walt Disney (2018) – furent des échecs commerciaux. Les des producteurs ont fait la même erreur en essayant de combiner dans une oeuvre cinématographique la ligne principale du livret du ballet, la musique et une tentative de rafraîchir le sujet.

L'accrochage des cinéastes au livret du ballet, faible et peu coherent dès le départ, semble ainsi une cause principale de l'échec de ces films à budgets conséquents.

La musique de Tchaïkovski n’a pas réussi à les sauver des mauvais retours, à la fois des connaisseurs et du public.



Quelle conclusion pouvons-nous tirer de l'histoire de Casse-Noisette?


Le point de départ du succès de "Casse-Noisette" est la musique de Tchaïkovski qui a surpassé la médiocrité du livret et de la chorégraphie par sa puissance dramatique. C'est le dernier ballet du célèbre compositeur qui sera importé par le choléra un an plus tard après la création du ballet.

Les chorégraphes exceptionnels Vaynonen, Balanchine et Grigorovich ont su transformer le ballet en un événement festif et universel de Noël, surtout que le thème de Noël ne porte aucune allusion à la religion ni dans le livret, ni dans le ballet.

Enfin, le septième art a pris le relais dans la promotion du personnage de Casse-Noisette, du conte et de la musique de Tchaïkovski. La musique de Tchaïkovski continue à combler les scénarios échoués et les défauts de productions ("The Nutcracker 3D", "Casse-Noisette et les trois royaumes"), ou, au contraire, elle inspirent à des nouvelles interprétations complètement décalées de la narration ("Fantasia", "Casse-Noisette" de Boris Stapantsev, "Nutcracker Fantasy", "Le Prince Casse-Noisette").


Casse-Noisette et dessin sur sable


« Casse-Noisette » intègre aujourd’hui de nouvelles formes d’art et de technologie, tel que le dessin sur sable (ou le sand art) projeté sur un écran en direct durant le spectacle ou encore les projections en 3D qui proposent des expériences de spectacles musicaux immersifs. Chaque année, nos sand artists Katerina Barsukova et Daria Kotyukh se mobilisent pour offrir de nouvelles versions de « Casse-Noisette » avec orchestre, ensembles ou en musique de chambre. La création des images sur sable et leurs transformations en direct en suivant la fabuleuse musique de Tchaïkovski réjouit à la fois les enfants et leurs parents.


Pour beaucoup de jeunes spectateurs, cette expérience devient une porte d'entrée dans le monde de la musique classique et du spectacle. Pour les parents, c'est un voyage dans leur enfance.


Les ateliers du dessin "Casse-Noisette sur sable" sont proposés également aux enfant pour approfondir leur comprehension de l'art et ses qualités thérapeutiques.


Contactez-nous. Nous serons à votre écoute pour intégrer votre projet et rendre "Casse-Noisette" pour vos spectateurs un spectacle inoubliable. Nos spectacles - vos émotions !


Casse-Noisette P. I. Tchaïkovski

Orchestre de l'Opéra des Jeunes de Saint-Pétersbourg,

Direction - Igor Novitsky, Dessin sur sable et design scénique - Daria Kotyukh



Atelier du dessin "Casse-Noisette sur sable" sur la musique de P.I. Tchaïkovski

Dessin sur sable - Katerina Barsukova